09 novembre 2007

#52



Alexandre Loye. Makar pris de doute
297x 212 mm
112 pages
ISBN : 978-2-940377-12-1
Coll. Varia

Suisse: CHF 37   commander
Europe: € 24  commander



En 1929, Platonov a trente ans. Son roman « Tchevengour » est refusé, et Gorki lui écrit : « Malgré les incontestables mérites de votre travail, je ne pense pas qu’on l’éditera. A cela s’oppose votre anarchisme, congénital à votre esprit. Que vous l’ayez voulu ou non, vous l’ayez voulu ou non, vous avez donné à votre éclairage de la réalité un aspect à la fois lyrique et satirique qui, bien entendu, est irrecevable pour notre censure. En dépit de toute votre tendresse pour les hommes, ils sont, dans votre œuvre, trop teintés d’ironie, ils apparaissent aux yeux du lecteur moins des révolutionnaires que des toqués, des idiots .» La même année, Staline s’écrie : « le salopard » en lisant « Makar pris de doute ». Pourtant, Makar est un brave paysan moyen qui s’en va vers Moscou, y proposer ses bonnes idées pour que « le socialisme et le reste de l’aménagement arrivent plus vite ». S’il secoue le pouvoir – la nouvelle s’achève par la dissolution de l’Etat – c’est en prenant à la lettre ses slogans et discours affichés.
J’ai accompagné son histoire de mes dessins, et recopié le texte mot après mots, parce que les personnages de Platonov ressemblent à ceux qui peuplent mes peintures.

Alexandre Loye est né en 1972 en Valais, il vit à Lausanne.

A propos de Alexandre Loye, voir lemagasin.hautetfort.com et lekiosque.hautetfort.com/tag/Alexandre+Loye.

08 novembre 2007

#52 édition de tête



Alexandre Loye. Makar pris de doute, édition de tête
297x 212 mm
112 pages
ISBN : 978-2-940377-12-1
Coll. Varia

 

Edition de tête accompagnée d'un dessin de Alexandre Loye, et reliée par Sofi Eicher en reliure «squelette», avec une couverture cartonnée et coiffée d'une toile flottante.

Edition limitée à 10 exemplaires  signés et numérotés de 1/10 à 10/10.

 

Suisse: CHF 425   commander
Europe: € 265  commander

07 novembre 2007

#52

LE TEMPS du 23 février 2008

 

A la recherche du prolétariat

Un jeune peintre redonne une nouvelle jeunesse à «Makar pris de doute», une fable drôle et mélancolique d'Andreï Platonov, publiée en 1929 dans la revue «Octobre».

Titre: Makar pris de doute
Auteur: Andreï Platonov
Editeur: art& iction
Autres informations: Lu et dessiné par Alexandre Loye.
Trad. d'Annie Epelboin

Ce livre est la rencontre heureuse entre un jeune peintre et un vieux texte à la jeunesse intacte. En 1929, Platonov, qui a 30 ans, publie Makar pris de doute dans la revue Octobre. C'est une fable tendre, ironique, terriblement mélancolique aussi, en regard de la suite des événements. Staline n'apprécie pas du tout l'humour de Platonov: l'écrivain sera pratiquement réduit au silence jusqu'à sa mort en 1951. Des décennies plus tard, Alexandre Loye découvre «que les personnages de Platonov ressemblent à ceux qui peuplent [ses] peintures» et recopie mot à mot l'histoire de Makar. C'est dans sa graphie et avec ses dessins que les Editions art & fiction la publient en grand format, à 250 exemplaires (il y a aussi un tirage de tête). C'est un enchantement.

Makar est un camarade du soldat Schveik et de la paysanne pugnace qui, dans La Ligne générale d'Eisenstein, monte à Moscou arracher aux bureaucrates de quoi faire marcher son tracteur. Paysan «normal», Makar a «la tête vide et les mains intelligentes». Contraint de quitter son village à la suite d'un conflit avec Tchoumovoï, archétype du fonctionnaire borné, Makar monte à Moscou. Dans le train, comme ses mains sont au repos, sa grosse tête creuse se remplit et se met à penser. Il pense beaucoup, et bien, il a plein de bonnes idées, ce qui ne lui vaut que des ennuis. Un fort sentiment de compassion l'étreint au spectacle des masses laborieuses. Le doute le saisit: tout cet effort est-il justifié?

Lui-même cherche un petit boulot, un désir qui se heurte à chaque étape aux chicanes de l'Etat. On ne le maltraite pas: en tant que représentant du peuple, Makar est intouchable, mais toutes ses tentatives d'améliorer le monde s'échouent contre ce mastodonte, la bureaucratie. Il part alors à la recherche du prolétariat. On lui en indique l'adresse: le prolétariat habite dans un asile de nuit. C'est un progrès: avant la Révolution, il dormait «allongé à même la surface du globe terrestre». Le soir venu, Makar tente de convaincre les prolétaires fatigués de la justesse de ses inventions, mais la voix du peuple lui répond: «Mets donc de l'âme à l'ouvrage puisque t'es un inventeur.» De l'âme, voilà ce que veut le prolétariat.

«Que dois-je faire dans la vie pour être nécessaire aux autres et à moi-même?» se demande Makar en rêve. Au réveil, quand tous les ouvriers sont partis au travail, il rencontre un prolétaire grêlé qui lui dit: «Des prolétaires qui travaillent, il y en a beaucoup, mais bien peu qui pensent. Alors j'ai pris la décision de penser pour tous.» Makar suit ce Piotr, un individu très pragmatique. Ils aboutissent à «l'asile mental» où, bien nourris, ils lisent aux fous les écrits de Lénine: «Le socialisme doit être construit par les mains des masses et non avec les paperasseries scribouillardes des administrations.» Les compères décident de penser l'Etat en accord avec Lénine. Au sommet, ils sont bien accueillis car on s'y ennuie de «l'esprit réel de la base» et on leur remet «le pouvoir en mains».

Ils s'installent et reçoivent le pauvre peuple. Ces deux-là pensent avec tant de simplicité qu'au bout de peu de temps «même les plus déshérités pouvaient en faire autant et prendre les mêmes décisions». Une commission est préposée à la liquidation de l'Etat, devenu inutile. Et Tchoumovoï, monté à Moscou? «Il travailla quarante-quatre ans dans cette [commission], puis mourut dans l'indifférence...»

Makar pris de doute a été publié une première fois par L'Age d'Homme en 1972, dans une traduction de Lucile Nivat. La drôle de démarche d'Alexandre Loye, avec ses petits dessins qui ont une vraie parenté avec l'âme de Makar, donne une nouvelle jeunesse à ce texte enchanteur.

Isabelle Rüf, Samedi 23 février 2008

02 novembre 2007

#52

24heures du 11 janvier 200 8